12.02.2006
Les pluies ne durent jamais en Ecosse - Cédric Godart
Du sperme et des larmes, avec la même intensité
Le Journal de Cédric c’est d’abord, à l’origine, un Blog. Avec, parmi les sujets abordés, un thème récurrent, un personnage de plume en mal d’être. Qui oscille entre le soleil de Menton et des pluies, en Ecosse, qui ne durent jamais longtemps. Ces météos fluctuantes sont celles qui rythment sa nécessaire mise au point personnelle, à un moment de sa vie où il tangue. Une introspection qui pour autant ne se prend pas la tête… Carl Ferenczi, quittant Bruxelles par l’aéroport, fait la rencontre improbable d’un Autre, sublime et sublimé, avec lequel il échange dans le lobby de l’aéroport quelques mots, quelques sourires, quelques regrets aussi … avant d’échanger des coordonnées mal griffonnées ! Et c’est, par la suite, d’un impossible échange de lettres et de mails avec une adresse illisible - et donc inaccessible - que va s’établir pour Carl une correspondance avec lui-même. Crue et sans complaisance, comme chaque vie.
Comme un blog, livré à Soi et aux autres. Où l’on se met à nu, où l’on décortique et refait le monde. Où l’on exprime et expose ses regrets et ses impuissances, ses magnificences aussi. Puis un humour qui traverse les Pluies et les orages dans la tête qui ne durent jamais, vraiment…
A découvrir avec l'avidité que l'on offre à une nouvelle plume qui se découvre
" Il était 21h57. Je me souviens. LCI a stoppé sa course: "LE PAPE est MORT". Et l'histoire s'est écrite sous nos yeux. Nous avons décompressé, rempli les coupes de champagne. Il fallait rire, accuser le coup. S'inventer un nouveau pape. Délirer: sortir du sillon. L'histoire s'écrit en lettres capitales, des phrases défilent sur l'écran de la télé, comme sur l'écran de notre vie: souviens-toi, souviens-toi..."
« C’est qu’au dernier souffle de ma vie, je veux qu’une orgie soit organisée. Et que j’en sois l’instigateur. Le grand masturbateur. Le centre du monde. Que mes camarades n’aient pas plus de vingt-cinq ans. Je veux mourir entouré de jeunes amants, dans une chambre d’hôtel. Ma mise en bière se fera au champagne. Et ils continueront de faire l’amour, lorsque j’aurai quitté la pièce. Ils feront cela, en mémoire de moi. »
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Un Instant d'abandon - Philippe Besson
Il y a une question quasi-métaphysique dans le dernier roman de Philippe Besson. L'homme est-il voué inexorablement à son destin ? A-t-il –oui ou non- la possibilité réaliste – le droit ?- d’exercer un libre arbitre sur sa vie, son parcours, ses affinités électives. Sommes-nous, bien au contraire, condamnés à subir nos gènes sociaux si peu choisis (quasi-innés ?) qui déterminent nos droits fondamentaux, nos liens inébranlables à une vie donnée ? Où l’abandon rime avec la résignation ? « Je suis né dans le quartier de Pendennis Rise, à l’écart du centre-ville. Personne ne peut s’imaginer ce que c’est, la périphérie d’une ville qui n’est rien (…) On ne s’aventure pas jusqu’ici tout à fait par hasard. Les rails s’arrêtent où commence la Manche (...)
En somme, je reviens où l’essentiel s’est joué. A neuf ans, le décor était déjà en place. Il a suffi de dérouler, de se laisser porter. C’est venu tout seul : la carcasse qui grandit, l’adolescence au milieu des bacs de poisson, les bras qui enflent à force de tirer des filets, l’école qui ne sert à rien, les premières cigarettes qu’on
roule, les bières que l’on s’envoie en rentrant de la pêche, les filles pas farouches, Marianne, la maison sur le bord. Et puis, un jour, les hommes qui viennent et qui m’emmènent.»
Pesanteurs du destin, écrins d’une vie prescrite. Et les poids sur le coeur qui sourdent de ces regards vagues, à l’âme ! Tant il est vrai que la fragilité, la part d’ombre, les secrets enfouis sont une constante des personnages de Philippe Besson ; qu’ils osent briser les interdits, les tabous, même les plus fondamentaux. Comme la mort foudroyée d’un enfant. Une mort comme un instant d’abandon. Abandon coupable d’un père qui ne nomme jamais une jeune victime - l’enfant- dont on suppose qu’il n’a jamais vraiment souhaité la compagnie ; abandon du père lui-même, boiteux de corps et d’esprit, boiteux à la ville comme en amour. Abandon d’une petite ville côtière aussi, qui sue la grisaille et la fin de parcours, juste avant de se perdre, juste avant les falaises. Et la mer ! Cette mer abandonnée -gouffre nauséeux- élément aqueux aussi indispensable à l’univers de Besson que la mort, le doute et la sincérité aussi.
« Je reviens avec mon mort. Je le ramène avec moi. Je transporte un cadavre.
J’ai ça avec moi, un cadavre.
Pour toujours.
Quoi que je fasse, il sera là, toujours, avec moi, ce cadavre (…)
Ils ne verront que ses huit ans massacrés, anéantis en un seul mouvement. Je sais qu’il ne me quitte pas, ce mort.
Mon fils. »
Cet instant d’abandon se profile comme une ode à la rédemption. Malgré la mort, malgré l’ennui, malgré les teintes grisées, malgré les doutes, les suspicions et les regards qui tuent avant de juger, malgré tout : une vie reprise, une vie osée, une différence assumée. Comme une gifle à la mort, à la mort symbolique de l’enfance de Thomas Sheppard aussi. Une mort incluse dans la mort de l’enfant, inavouable mais rédemptrice.
« On a le droit de bâtir sa vie sur un pressentiment. »
Il est des fractures béantes qui sont autant de départs dans la vie. Il fallait oser nous le rappeler. Philippe Besson, décidément, a le goût du risque. Et de l’éveil. Merci
www.philippebesson.com
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